par le Professeur Alexandre Berenstein, Président d'honneur de la Société Internationale de Droit du Travail et de la Sécurité Sociale

J'ai été approché pour rédiger une chronique destinée à renseigner les membres de la Société internationale de Droit du Travail et de la Sécurité sociale sur les origines et le développement de cette dernière. Cette mission m'a été confirmée par le Comité exécutif de la Société réuni en 1994 à Séoul.

J'ai quelque peu hésité à accepter de remplir cette tâche, car un historique fort complet des antécédents et des vingt premières années de notre Société a déjà été retracé en 1980 par feu le Professeur A. F. Cesarino Jr., dans le volume consacré à la mémoire du regretté Professeur Otto Kahn-Freund (Note 1) qui, comme Cesarino lui-même, avait été Président et Président d'honneur de la Société. Je ne voulais pas revenir sur les brisées de notre éminent collègue et refaire ce qu'il a si brillamment fait.

J'ai cependant accepté, mais en renonçant à écrire un historique complet, et en égrenant en lieu et place quelques souvenirs se rapportant principalement à la création de la Société et aux premières années de son existence.

Il convient tout d'abord de présenter deux personnes qui ont été les précurseurs et les premiers protagonistes de notre Société: d'une part, en Europe, feu le Professeur Renato Balzarini, de Trieste, et d'autre part, en Amérique du Sud, le Professeur Cesarino, de São Paulo, déjà mentionné ci-dessus. Deux personnalités particulièrement dynamiques, qui toutes deux avaient une vision précise de la dimension internationale du droit du travail. L'un et l'autre avaient compris qu'avec la création et le développement de l'Organisation internationale du Travail, le droit du travail ne pouvait se borner à être enserré, dans chaque pays, à l'intérieur des limites nationales de ce pays, mais qu'il était déjà, en partie, un droit international et que, d'autre part, le droit comparé jouait et devait continuer à jouer un rôle éminent dans cette discipline. Il était normal qu'il existât un groupement international de juristes qui pussent se préoccuper des prolongements des droits internes du travail à l'extérieur de chaque pays, comme des rapports entre eux des différents droits nationaux ainsi que de l'influence réciproque du droit international et des droits internes dans ce domaine. La création d'une association internationale chargée de promouvoir ces objectifs apparaissait non seulement utile, mais nécessaire.

Le 1er Congrès international de droit du travail fut, à l'initiative du Professeur Balzarini, convoqué à Trieste en 1951 par l'Université de Trieste, avec le concours de l'Institut international de droit du travail de Rome. Les objets qui avaient été inscrits à l'ordre du jour étaient des thèmes fondamentaux, constituant une ouverture idéale pour la création d'une organisation internationale des juristes du travail. Il s'agissait en effet, d'une part, de la formation du droit international du travail; d'autre part, de la formation d'un droit commun du travail; enfin, de la codification du droit du travail (Note 2). D'éminents juristes provenant de différents pays d'Europe ainsi que d'Amérique du Nord et du Sud participèrent à ce congrès qui vota une motion en vue de la création d'une organisation internationale des juristes du travail. Cette organisation devait être constituée en commun avec la Société internationale de droit social (SIDDS), créée en 1950 par le Professeur Cesarino et dont le siège était fixé à São Paulo.

C'est précisément sur la convocation de la SIDDS que se réunit, en 1954, à São Paulo, le 1er Congrès international de droit social. Ce congrès, auquel participèrent également de nombreux juristes d'Amérique (du Sud et du Nord) et d'Europe, s'est occupé du contrat individuel de travail, du contrat collectif de travail et de la sécurité sociale (Note 3). Ce dernier domaine se trouvait ainsi réuni au droit du travail dans la discipline du «droit social». L'une des décisions prises à São Paulo prévoyait la réunion d'un deuxième congrès international de droit social à Bruxelles en 1958.

Entre-temps, le Professeur Balzarini avait, en exécution des décisions de Trieste, prié le soussigné d'envisager l'organisation, à Genève, du IIe Congrès international de droit du travail, ce congrès devant se préoccuper de la création d'une association internationale de droit du travail. Le Bureau international du Travail accepta d'apporter son concours actif au Congrès, qui se réunit en 1957.

L'un des thèmes, celui qui était relatif aux problèmes du travail dans ses rapports avec le droit international privé, fut pris en charge par le BIT, tandis que l'autre, celui qui concernait le contenu, les effets juridiques, l'application et l'exécution de la convention collective de travail, l'était par les organisateurs suisses du Congrès (Note 4)'. L'une des séances fut consacrée à la création de l'association internationale projetée. Cette création fut approuvée, et il fut décidé de constituer à cet effet une commission chargée de prendre contact avec la SIDDS.

La réunion prévue a pu être organisée à Genève en 1958, sous la présidence de M. Alfred Borel qui, en qualité de ministre genevois de l'Instruction publique, avait assumé la présidence du Congrès de 1957. Cette réunion, à laquelle participèrent le Professeur Cesarino, Président de la SIDDS, M.C. Wilfred Jenks, sous-Directeur général du BIT, qui avait été l'un des Vice-Présidents du Congrès, M. Jean de Givry, du BIT, ainsi que le soussigné, permit de réaliser un accord complet sur l'organisation de la nouvelle association; il fut convenu que la création effective de l'association aurait lieu pendant le Congrès de Bruxelles, qui devait se réunir peu après. Le soussigné fut chargé de présenter à cette occasion un projet de statuts.

C'est dans ces conditions que s'ouvrit le Congrès dit de Bruxelles (IIe Congrès international de droit social) qui, en réalité, fut un congrès itinérant, ses séances étant tenues successivement dans les différentes universités belges: Bruxelles, Gand, Liège et Louvain. Son thème général était: «Le rôle de l'Etat dans la réglementation du travail et dans l'organisation de la sécurité sociale», ce thème étant subdivisé en six sous-thèmes particuliers (Note 5).

Pendant le Congrès, le 13 juin 1958 à Bruxelles, les Statuts de la nouvelle association furent approuvés à l'unanimité. Il était ainsi créé, par fusion de la SIDDS d'une part, et des congrès internationaux de droit du travail d'autre part, une nouvelle organisation non gouvernementale destinée à rassembler en son sein l'ensemble des juristes des différents pays s'intéressant au droit du travail et à celui de la sécurité sociale. En un mot, la Société internationale de Droit du Travail et de la Sécurité sociale (SIDTSS) était née.

Quelques explications sont indispensables pour la bonne compréhension de ces statuts. En ce qui concerne la dénomination de l'association tout d'abord. Il avait été envisagé de créer une «association internationale de droit du travail et de la sécurité sociale». Mais, sur l'intervention de M. Wildman, Secrétaire général de l'«Association internationale de la sécurité sociale» (AISS), qui craignait une confusion possible avec son organisation, la dénomination originairement prévue fut modifiée. L'AISS est une puissante organisation, qui groupe les institutions de sécurité sociale des différents pays du monde, et qui a son siège au BIT. M. Wildman promettait de soutenir notre association, qui devait grouper les spécialistes de la sécurité sociale comme ceux du droit du travail -- ce sont souvent, mais pas toujours, les mêmes personnes --, mais il y mettait comme condition le changement du nom projeté. Il fut facile de lui donner satisfaction, et le terme de «Société internationale» fut adopté.

Comme cela a été dit ci-dessus, la nouvelle Société devait grouper deux disciplines: le droit du travail et la sécurité sociale. Ces deux disciplines avaient une origine commune. Par la suite, en raison du développement des assurances sociales, puis de la sécurité sociale (et de la protection sociale), cette dernière prit un essor nouveau et devint une discipline à part entière, souvent éloignée du droit du travail. Cependant, les deux disciplines conservent des points communs. Toutes deux sont les composantes majeures de ce que l'on appelle, dans la terminologie de langue française, le «droit social», qui comprend les normes juridiques destinées à réaliser la politique sociale. D'où le désir unanime de grouper en une association unique les juristes des deux obédiences. Il a été convenu en même temps que la Société devait se consacrer d'une façon égale aux deux disciplines qui devaient toutes deux faire l'objet de ses études. C'est pourquoi toutes deux sont mentionnées dans sa dénomination, et c'est pourquoi aussi l'on veille, lors de chaque congrès, à ce qu'une place convenable soit laissée à chacune d'elles.

En ce qui concerne toujours la dénomination, une autre question a surgi: si la dénomination en français ne posait pas de problème, en dehors du point mineur qui vient d'être mentionné, il n'en était pas de même en langue anglaise: nos amis anglais et américains nous dirent que le terme «social security» n'était pas suffisamment ancré dans cette langue pour que l'on pût parler de l'»International Society for Labour Law and Social Security». Alors que certains croyaient que le terme de «sécurité sociale» devait beaucoup au «Social Security Act» américain et au plan Beveridge, il nous fut dit qu'aux États-Unis notamment, le terme «social security» se rapportait avant tout au régime créé par cette loi et n'avait guère de connotation générale en dépit de la convention no 102 de L'OIT C'est pourquoi la Société fut dénommée en anglais «International Society for Labour Law and Social Legislation». Cette difficulté, en revanche, ne se présenta pas pour les versions allemande et espagnole.

L'objet de la Société était d'«étudier, à des fins scientifiques, le droit du travail et le droit de la sécurité sociale, tant sur le plan national que sur le plan international, et de permettre des échanges d'idées et d'informations, ainsi qu'une collaboration aussi étroite que possible entre tous les juristes qui, dans les différents pays, se consacrent à l'étude ou à l'application de cette discipline».

Le siège social a été établi à Genève, de sorte que la Société est régie par le Code civil suisse qui, à cet égard, est le plus libéral qui soit, puisque la seule formalité à observer est l'adoption de statuts, créant la structure nécessaire; les associations de droit suisse qui, comme notre Société, n'ont pas un but économique, n'ont besoin pour exister d'aucune autorisation officielle ni d'aucune inscription quelconque dans un registre officiel.

Une caractéristique essentielle de la Société, à l'époque, résidait dans le fait qu'elle était une association composée d'individus: c'est théoriquement le Comité exécutif qui seul pouvait procéder à l'admission des candidats, chacun d'eux devant, aux termes des Statuts, «justifier de l'intérêt qu'il porte au droit du travail ou à celui de la sécurité sociale, soit sur la base de ses travaux scientifiques, soit en vertu du caractère de son activité professionnelle». Mais l'adhésion devait s'effectuer au travers de la section nationale reconnue par le Comité exécutif, lorsqu'il y en avait une. En fait, le Comité exécutif décida que, sauf en cas de doute, les admissions prononcées directement par les sections nationales seraient considérées comme valables. En témoignage de la fusion intervenue à Bruxelles, il a été prévu que seraient membres originaires de la Société les membres de la SIDDS, ceux de la Commission internationale élue par le Congrès de Genève ainsi que les rapporteurs des quatre congrès internationaux.

Quant à l'organisation de la Société, les Statuts prévoyaient, d'une part, une Assemblée générale des membres, se réunissant à l'occasion de chaque congrès; d'autre part, un Conseil de direction, composé d'un à cinq représentants par pays, désignés par l'Assemblée générale; enfin -- mais, peut-on dire, «last but not least» -- le Comité exécutif, désigné par le Conseil de direction et auquel incombait effectivement la gestion de la Société. En fait, cependant, cette structure demeura toute théorique. Très rapidement, le Conseil de direction fut remplacé par le Comité exécutif, dont les membres furent désignés par l'Assemblée générale. Le congrès, devant se réunir à des intervalles de deux à cinq ans, était consacré à des tâches scientifiques et pouvait être ouvert aux non-membres de la Société.

Au cours du Congrès de Bruxelles, il fut procédé à l'élection des membres du Comité exécutif. C'est Paul Durand, professeur à la Faculté de droit de Paris, dont l'autorité était universellement reconnue, qui fut désigné en qualité de Président de la Société. Au soussigné, échut la charge de Secrétaire général.

Et ainsi fut lancée la Société. La première période en fut ce que l'on pourrait appeler la période héroïque. Période héroïque, parce que, la Société étant composée de membres individuels, il y avait un lien direct entre le Secrétaire général de la Société et les membres. Périodiquement, la Société publiait la liste des membres mise à jour; les membres ayant payé leur cotisation recevaient, normalement par l'entremise de leur section nationale, une carte de membre, signée par le Secrétaire général et le Trésorier. La dernière liste des membres, arrêtée au 1er mars 1973, comprenait 1 143 noms, répartis entre 47 pays différents.

La communication était effectuée à l'aide de circulaires, spécifiquement numérotées pour les membres du Comité exécutif (CE), pour les sections nationales (S), enfin, notamment avant chaque congrès international, pour les membres individuels (M). Ces circulaires renseignaient sur l'activité de la Société et de ses sections.

En dehors de l'organisation de congrès internationaux, il faut mentionner, au titre des activités de la Société, la collaboration avec d'autres organisations internationales. La Société entretient des rapports étroits avec le Bureau international du Travail, qui avait collaboré à sa création et est représenté en son sein. Elle est aussi en relation étroite avec l'AISS aux termes d'un accord conclu avec cette dernière, qui prévoit une représentation de cette organisation auprès de son Comité exécutif. Une collaboration s'est également instituée avec l'Association internationale des sciences juridiques et l'Association internationale de droit comparé. Une autre organisation internationale, avec laquelle nous avons entretenu des rapports amicaux, a été l'Association internationale pour le progrès social -- aujourd'hui disparue --, successeur de l'Association internationale pour la protection légale des travailleurs, elle-même précurseur du Bureau international du Travail.

La Société avait d'autre part accordé son patronage à l'Ecole internationale de droit du travail comparé à Trieste, créée par la Faculté internationale de droit comparé à Strasbourg, qui était une émanation de l'Association internationale de droit comparé. Cette école était placée sous la direction du Professeur Balzarini et a été présidée tout d'abord par Otto Kahn-Freund, puis par le soussigné; les cours, qui étaient dispensés chaque année pendant les mois de juillet et d'août, l'ont été par des professeurs des différents pays qui constituaient l'élite de la science du droit du travail et de la sécurité sociale, et beaucoup d'étudiants de cette école ont accédé par la suite à des chaires universitaires et jouent actuellement un rôle éminent dans notre Société.

Enfin il s'est créé, peu d'années après la constitution de la Société internationale, une autre organisation internationale, l'Association internationale de relations professionnelles (International Industrial Relations Association), dont les buts sont similaires aux nôtres, mais qui, entendant s'écarter du plan strictement juridique, réunit des économistes et des sociologues autant que des juristes, en vue d'étudier spécialement un aspect de la politique sociale: les relations professionnelles; bien que nous ayons décidé, par une modification statutaire, d'admettre également parmi nous des économistes et des sociologues, leurs disciplines étant indissolublement liées à la nôtre, nous avons compris les raisons de la création de cette nouvelle organisation, et des relations étroites ont également été nouées avec elle. Encore faudrait-il mentionner les organisations spécialisées et les organisations régionales, comme l'Association ibéro-américaine de droit du travail, avec laquelle notre Société entretient également des relations cordiales.

Mais l'objectif immédiat, lors de la création de la Société, était celui de la préparation du prochain congrès scientifique, devant faire suite à ceux de Trieste, São Paulo, Genève et Bruxelles, soit de ce que nous avions décidé de nommer le Ve Congrès international de Droit du Travail et de la Sécurité sociale. Notre Président, Paul Durand, prit immédiatement contact à cet effet avec les représentants de plusieurs pays d'Amérique latine, mais sans que ses démarches eussent pu aboutir dans l'immédiat.

Puis ce fut le' drame. En mars 1960, nous apprîmes, à notre grande consternation, que notre Président, appelé à donner des cours au Maroc, avait été enseveli avec son épouse le 29 février, lors du terrible séisme d'Agadir. Cette funeste nouvelle fut douloureusement ressentie par nous sur le plan humain; elle nous atterra aussi du fait que nous perdions ainsi un président qui avait été élu depuis peu et sur qui reposaient les espoirs de notre Société.

Nous n'avions pas prévu la désignation d'un vice-président. J'avais pensé qu'il appartenait au Professeur Cesarino, Président d'honneur, d'assurer l'intérim de la présidence. Mais il s'y refusa, pensant que cette fonction revenait au Secrétaire général. Il m'incomba, dès lors, en cette qualité, de prendre des mesures pour la nomination du successeur de notre regretté Président. La situation était délicate. À l'époque, les voyages n'étaient pas aussi faciles que ce n'est le cas actuellement, et si l'on avait convoqué à bref délai, uniquement pour la nomination d'un président les membres du Comité exécutif venant de pays fort éloignés les uns des autres, on eût risqué de se trouver en présence d'une assemblée fort peu représentative. Je fis, dès lors, la proposition d'un vote par correspondance, chaque membre du Comité pouvant voter pour trois candidats, le premier nom figurant sur chaque bulletin valant trois suffrages, le second deux et le troisième un. Ainsi, pouvait-on obtenir un vote plus fiable que si l'on demandait à chacun de ne voter que pour un seul candidat. Ma proposition fut acceptée, et c'est Otto Kahn-Freund, professeur à la London School of Economics et, lui aussi, comme Durand, un des maîtres de la science du droit du travail, qui obtint le plus grand nombre de voix. Je lui donnai connaissance des résultats du vote et lui demandai s'il acceptait la présidence. Sur sa réponse affirmative, j'indiquai aux membres du Conseil que Kahn-Freund venait en tête et je leur demandai si, dans un second tour, ils seraient d'accord de le désigner à l'unanimité, ce qui fut fait. Je dois remercier ici tous ceux qui m'ont fait confiance, car, dans cette situation, j'avais été seul à recevoir et contrôler les bulletins de vote et à constater le résultat!

Kahn-Freund ayant pris ses fonctions, il y avait lieu de poursuivre les démarches en vue de la convocation du Ve Congrès. Le droit du travail n'avait alors, dans la science juridique, pas l'importance qu'il a maintenant et, comme chacun sait, la réunion d'un congrès présuppose un appel gouvernemental ou provenant d'une autre source, appui qu'il n'était pas facile de trouver à l'époque, comme Paul Durand s'en était rendu compte.

Mais l'un de nos collègues, André Brun, Professeur à la Faculté de droit de Lyon, se déclara disposé à se charger de l'organisation matérielle du Ve Congrès. Sa proposition fut acceptée d'enthousiasme par le Comité exécutif, et c'est ainsi que fut réuni en 1963 le Congrès de Lyon. Conformément aux décisions du Comité exécutif, les thèmes suivants furent mis à l'ordre du jour: les relations internes entre les syndicats et leurs membres; le règlement des différends relatifs à l'exercice du pouvoir disciplinaire de l'employeur, y compris le renvoi; la responsabilité civile du travailleur envers l'employeur, ses collègues de travail et les tiers; les rapports de l'employeur avec la sécurité sociale à l'occasion des accidents de travail et des maladies professionnelles (Note 6).

Le Congrès de Lyon -- Ve Congrès international de Droit du Travail et de la Sécurité sociale -- fut fastueusement organisé. Notre ami Brun avait audacieusement accepté la charge de le convoquer, pensant qu'il lui serait facile de le financer. Malheureusement, ses premiers appels de fonds ne produisirent pas de résultat, et lorsque s'ouvrit le Congrès, il était inquiet, ne sachant pas comment il pourrait faire face aux obligations qu'il avait contractées. Mais l'audace paie: la presse s'étant fait l'écho du succès remporté par le Congrès, les fonds affluèrent pendant la durée même de celui-ci, de sorte que les organisateurs furent tranquillisés.

Un même problème se présenta ultérieurement pour la publication des Actes. Il n'y avait pas de fonds disponibles pour assurer le paiement de l'imprimeur. Mais Kahn-Freund, au cours d'un voyage aux États-Unis, put réaliser, grâce à l'entremise du Président de notre section américaine, Harold A. Katz, un accord avec la School of Law de la Rutgers University, au New Jersey, cette université étant autorisée à publier une version anglaise des principaux rapports présentés au Congrès de Lyon (Note 7), ce qui permit de financer la publication des Actes du Congrès. Ultérieurement, André Brun fut informé que des fonds d'origine officielle étaient à sa disposition, mais il n'en avait plus besoin!

Le VIe Congrès fut organisé en 1966 à Stockholm sous la direction de Folke Schmidt, professeur à l'Université de cette ville (Note 8). Dès lors, la tenue de nos congrès était devenue un problème de routine; la Société était déjà bien implantée dans la plupart des pays, et elle avait pris un rythme de croisière. Ayant entendu décrire avant tout les origines de la Société, nous renvoyons, pour l'énumération des thèmes discutés à ce congrès ainsi qu'aux congrès suivants, à la liste figurant en annexe de la présente brochure.

Otto Kahn-Freund déclinant toute réélection, c'est Folke Schmidt qui lui succéda. Il présidait donc la Société lorsque, à l'invitation de la section polonaise, présidée par le Professeur Waclaw Szubert, le VIIe Congrès se tint à Varsovie en 1970 (Note 9). Ce congrès, tenu pour la première (et seule) fois dans un pays de l'Europe de l'Est, fut réussi comme les précédents. En dehors des thèmes scientifiques, une séance du Congrès fut consacrée à la collaboration avec l'AISS et une autre à la commémoration du cinquantième anniversaire de l'OIT. Pour la petite histoire, rappelons que ce sont nos amis polonais qui imaginèrent à l'occasion de ce congrès, ce qui, depuis lors, est devenu le symbole de la Société, à savoir le signe d'un paragraphe, à l'intérieur duquel se trouve une roue dentée, le paragraphe représentant le droit, et la roue dentée, le travail.

Quatre ans plus tard, en 1974, se tint à Selva di Fasano (Italie), le VIIIe Congrès, sur l'invitation de la section italienne présidée par le Professeur Giuliano Mazzoni (Note 10). Quelques jours avant ce congrès, le BIT avait organisé à Genève une table ronde à l'intention des participants provenant des pays du tiers monde; les intéressés purent ensuite participer à notre Congrès.

A cette occasion, il se produisit une prise de relais: le Président et le Secrétaire général demandèrent tous deux à être déchargés de leur mandat. Le Président, parce qu'il estimait que le temps était venu de passer la main; le Secrétaire général soussigné, parce qu'il convenait de faire appel à des forces plus jeunes et, surtout, parce qu'il avait été élu juge au Tribunal fédéral suisse, ce qui l'empêchait de consacrer à sa fonction au sein de la Société tout le temps nécessaire.

Le Professeur Jean-Maurice Verdier, de Paris, prit la présidence. Quant au secrétariat général, je pensais qu'il convenait de profiter de cette élection pour associer dans une plus large mesure le Bureau international du Travail à notre activité. Le BIT nous donnait bien son appui moral, mais il nous avait fait savoir qu'il ne pouvait, sauf cas particuliers, nous fournir aucun appui matériel. Il convenait donc d'essayer d'intégrer notre secrétariat au BIT, ce qui devait nous procurer un certain nombre d'avantages le Bureau pouvait prendre en charge le secrétariat proprement dit; il devait être facile de correspondre et de publier nos circulaires et bulletins dans les différentes langues utilisées par notre Société, ce qui était difficile dans le cadre d'un secrétariat artisanal comme celui que, faute de moyens financiers, je dirigeais; enfin, les voyages que, dans le cadre de leurs fonctions, les membres du personnel du BIT sont appelés à effectuer, pouvaient aussi être utilisés en vue de maintenir et renforcer les contacts de la Société avec les pays lointains. Le fait que Genève avait été choisie pour être le siège de notre Société ne pouvait que faciliter cette opération. Et puis, le BIT n'avait-il pas déjà accueilli dans ses bureaux la nouvelle Association internationale de relations professionnelles? Il n'y avait pas de raison pour qu'il n'en fît pas de même avec nous, ce d'autant plus que, par l'entremise de Wilfred Jenks, alors sous-Directeur général, mais ensuite Directeur général du BIT, il avait joué un rôle déterminant dans la fondation de notre Société. Cela était d'ailleurs, semble-t-il, de l'intérêt bien entendu de l'Organisation internationale du Travail.

Les membres du Comité exécutif auxquels je fis part de mon point de vue partagèrent mon opinion, et c'est ainsi que nous fîmes appel à Johannes Schregle, chef de la Division des relations industrielles et de l'administration du travail du BIT, pour reprendre le secrétariat général. Nous n'eûmes pas à nous repentir de ce choix, et les avantages que j'avais entrevus dans cette intégration au BIT se vérifièrent dans la réalité.

En 1978, ce fut la section allemande qui, sous la direction du Professeur Gerhard Müller, Président du Bundesarbeitsgericht, et du Professeur Franz Gamillscheg, organisa notre IXe Congrès à Munich (Note 11).

À Selva di Fasano, il avait été décidé d'entreprendre la révision des Statuts de la Société. Les Statuts primitifs, créant une association de membres individuels, constituaient une structure devenue trop lourde en raison du développement pris par la Société. C'est à l'occasion du Congrès de Munich que la révision fut adoptée par l'Assemblée générale.

La principale modification consistait dans le fait, qu'en principe, ce n'étaient plus des individus, mais les sections nationales qui acquéraient la qualité de membres. Seuls, des individus non membres de sections nationales (parce qu'il n'y en a pas dans leur pays ou parce qu'ils sont des fonctionnaires internationaux) pouvaient conserver la qualité de membres individuels; de même, la Société peut admettre en son sein des institutions scientifiques. Les membres de ces sections peuvent être non seulement des juristes, mais aussi «d'autres experts du droit du travail et de la sécurité sociale». Dans la dénomination anglaise, le terme «Social Legislation» était remplacé par «Social Security», comme dans les autres langues. Le Conseil de direction, qui n'avait jamais fonctionné, était supprimé. Le Comité exécutif comprend notamment des représentants de toutes les sections nationales.

Ainsi, ce que nous avons appelé «la période héroïque» avait pris fin. Le secrétariat général ne devait plus être en relation avec chacun des membres individuellement, mais avant tout avec les sections nationales.

Depuis lors, la Société internationale n'a cessé de se développer. Les étapes suivantes furent le Congrès de Washington, en 1982 (Note 12); Celui de Caracas, en 1985, convoqué sur l'initiative du Président Rafael Caldera (Note 13); celui de Madrid, en 1988, organisé par les Professeurs Alonso Olea et J.A. Sagardoy; celui d'Athènes, en 1991, organisé par le Professeur Jean Koukiadis et Me T. Mitsou; enfin, celui de Séoul, en septembre 1994, organisé par le Professeur Chi-Sun Kim. Au cours de ce dernier congrès, il a été décidé que le XVe Congrès mondial aurait lieu en septembre 1997 à Buenos Aires.

Il convient d'ajouter que, lors du Congrès de Washington, le Professeur Cesarino, I'un des Présidents d'honneur de la Société, fut désigné pour remplacer à la présidence effective le Professeur Verdier, dont le mandat prenait fin; qu'à Caracas, le Professeur Benjamin Aaron, de Los Angeles, qui avait présidé le Congrès de Washington, fut à son tour désigné à la présidence de la Société; au Professeur Aaron succéda, dès le Congrès de Madrid, László Nagy, professeur à Szeged, dont le mandat a été repris à Athènes par le Professeur Gamillscheg, auquel a succédé, ayant été désigné à cet effet lors du Congrès de Séoul, le Professeur Kim. Enfin, à Madrid, le Secrétaire général Johannes Schregle étant lui aussi parvenu au terme de son mandat, a été remplacé par un autre haut fonctionnaire du Bureau international du Travail, Jean-Michel Servais qui, faisant preuve de toute l'efficacité qui avait été celle de Schregle, a continué à oeuvrer dans la même ligne que ce dernier. La Société est donc en de bonnes mains.

Cet historique ne serait pas complet si l'on ne mentionnait pas aussi l'extension des activités de la Société sur le plan géographique. Les Statuts révisés favorisent les réunions régionales. Des congrès régionaux de la Société ont eu lieu en effet aussi bien sur le continent américain qu'en Asie et en Europe et, récemment aussi, en Afrique. La liste des congrès régionaux, avec l'indication des thèmes figurant à leur ordre du jour, figure en annexe de la présente brochure, avec celle des congrès mondiaux. Bien entendu, de nombreuses sections de la Société organisent périodiquement des congrès nationaux.

Il sied de rappeler aussi que, si l'École internationale de droit du travail comparé de Trieste, patronnée par la Société, n'existe plus, le Professeur Nagy a créé, à Szeged, un Séminaire international de droit comparé du travail et de la sécurité sociale, qui dispense son enseignement chaque été et qui a repris les fonctions que remplissait l'École de Trieste. Nous saisissons cette occasion pour le féliciter de son initiative.

On voit ainsi que la Société internationale de Droit du Travail et de la Sécurité sociale exerce, tant par ses activités propres que par les activités accessoires qui sont favorisées par son existence, une action constante dans ces disciplines juridiques. Elle a ainsi réalisé les espoirs que ses fondateurs avaient mis en elle.

Professeur Alexandre Berenstein
Président d'honneur de la Société internationale de Droit du Travail et de la Sécurité sociale
Novembre 1994

 

 

 

Note 1:
Antonio F. Cesarino, Jr.: «Historique de la Société internationale du Droit du Travail et de la Sécurité sociale, dans In Memoriam Sir Otto Kahn-Freund: 17.11.1900-16.8.1979, Beck, Munich, 1980, pp. 397-415. <Volver>


Note 2:
Atti del Primo Congresso internazionale di Diritto del Lavoro, Trieste, 24-27 maggio 1951, Università di Trieste, 1952. <Volver>


Note 3:
Annales du Ier Congrès international de droit social (réalisé à São Paulo, Brésil, 8-15 août 1954), trois volumes, São Paulo, 1955-1957.<Volver>


Note 4:
Actes du IF Congrès international de droit du travail, Genève, 12-14 septembre 1957, Genève, 1961. <Volver>


Note 5:
Actes du IF Congrès international de droit social, Bruxelles, 1958, deux tomes. <Volver>


Note 6:
Actes du Ve Congrès international de Droit du Travail et de la Sécurité sociale, Lyon, 1963, trois tomes, Lyon, 1965. <Volver>


Note 7:
Rutgers Law Review, vol. 18, no 2, 1964. <Volver>


Note 8:
Actes du VIe Congrès international de Droit du Travail et de la Sécurité sociale, Stockholm, 1966, trois tomes, Almqvist & Wiksell, Stockholm, 1968. <Volver>


Note 9:
Actes du VIIe Congrès international de Droit du Travail et de la Sécurité sociale, Varsovie, 14-17 septembre 1970, trois volumes, Ossolineum, Varsovie, 1973. <Volver>


Note 10:
VIIIe Congrès international de Droit du Travail et de la Sécurité sociale, Selva di Fasano (Brindisi), Italia, 17-19 septembre 1974, trois tomes, Giuffrè, Milan, 1977; Id. Relazioni polacche, 1977. <Volver>


Note 11:
Société internationale de Droit du Travail et de la Sécurité sociale, IXe Congrès international, Munich, 12-15 septembre 1978. Rapports et débats, tomes I et II en deux volumes, Recht und Wirtschaft, Heidelberg, 1979. <Volver>


Note 12:
Société internationale de Droit du Travail et de la Sécurité sociale, Xe Congrès international, Rapports et débats, Washington, septembre 7-10 1982, trois volumes, Bureau of National Affairs, Washington, 1984. <Volver>


Note 13:
Instituto Venezolano de Derecho Social-Sociedad Internacional de Derecho del Trabajo y de la Seguridad Social. XIe Congrès international, Caracas (Venezuela), 1985, 17-20 septembre, trois tomes de deux volumes, Ediciones del Congreso de la República, Caracas, 1988. <Volver>


Note 14:
Ces congrès se sont déroulés en anglais seulement. <Volver>


Note 15:
Ces congrès se sont déroulés en anglais et en espagnol seulement. <Volver>